Les Maîtres de l'Evasion, c'est encore signé BKV, auteur très à la une en ce moment (on peut le lire en vf dernièrement sur Y Le Dernier Homme, Ex Machina, The Hood ou encore Doctor Strange: The Oath). L'histoire? Une bande de jeunes artistes récupèrent les droits d'un ancien personnage de comic-book (The Escapist), et décident de lui redonner une seconde jeunesse.
On aura donc droit ici d'une part à l'histoire de leur travail, d'autre part à son résultat, les événements de l'une de ces deux "périodes" coïncideront forcément souvent avec ceux de l'autre, voire même fusionneront parfois. Ce n'est pas spécialement original mais BKV s'en sort avec brio.
D'une part, on suit avec plaisir tout le travail et les stratégies adoptées par notre petit groupe pour arriver à imposer leur comics, les embûches qu'ils vont devoir esquiver et leurs relations entre eux. Le tout est très bien ficelé, livrant son lot de rebondissements à la pelle et ne provoquant pas le moindre ennui. BKV ne nous apprend pas grand chose sur le métier et sur la création d'un comic-book mais arrive pourtant à nous livrer une analyse très pertinente et intelligente de l'ensemble, jusqu'au final qui se veut un plaidoyer pour le creator-owned, le tout saupoudré de références aux comic-books, et plus particulièrement à ceux du golden age.
Concernant le comics issu des pérégrinations de notre groupe, c'est-à -dire du vrai faux comics, il s'agit d'un scénario hommage au golden age justement, ses personnages innocents et son vilain démoniaque, avec sa machine ingénieuse qui tue lentement le gentil héros innocent. La narration est pourtant tranchée par un dessin qui se veut tout son contraire, un trait sec et sombre férocement contemporain, illustré à la perfection par Jason Shawn Alexander. Le décalage est assez plaisant à découvrir, et résulte en fait des talents différents du scénariste et de la dessinatrice du groupe.
Par contre, s'agissant des dessins du "monde réel", c'est Philip Bond qui s'en charge, d'un trait rond semi-réaliste et semi-cartoony parfait pour le sujet et très agréable à l'oeil. C'est d'ailleurs marrant de constater que le trait est réaliste pour le comic-book et semi-réaliste pour ce qui est censé être la vraie vie, un décalage que nous avait déjà offert Alan Moore sur Tom Strong.
A part ça, on a également droit à des auteurs de renom qui sont passés juste pour le plaisir de nous gratifier de quelque couvertures:
-Paul Pope (100%, Heavy Liquid, Batman: Year 100, Escapo)
-James Jean (les couvertures de Fables)
-Frank Miller (Sin City, 300, Dark Knight Returns, Daredevil)
-John Cassaday (Planetary, Astonishing X-Men)
-Alex Ross (Uncle Sam, Marvels)
Quand même, excusez du peu.
En bref, une excellente lecture, assez conséquente si on prend le temps de l'analyser mais pourtant très légère à la lecture, un des meilleurs boulots de BKV. A prendre sans hésiter.