"Ce qui suit n'est pas drôle.", en effet, telle est l'accroche de ce dernier tome du Goon, accroche qui m'a beaucoup fait rire, mais qui en fait est terriblement juste : Pour une fois, il n'y aura pas de second degré, d'humour noir ou de situations complètement loufoques, non ce qui suit reste résolument sérieux.
Eric Powell a fait une pause sur la série régulière The Goon pour pouvoir se consacrer à plein temps à cet album à part, où The Goon voit son trafic peu à peu englouti par un mystérieux concurrent, ce qui va raviver en lui de douloureux souvenirs...
Un récit qui est donc composé de deux histoires mises en parallèle, puisque l'histoire que vit le Goon actuellement est l'exacte reproduction de ce qu'il avait déjà vécu il y a plusieurs années : un criminel qui lui prend progressivement son marché et ses associés, qui va le laisser seul, et une femme aimée qu'il va voir s'envoler. Ce qui frappe dans ce récit est d'abord cette absence d'humour, un récit beaucoup plus sérieux et dur qu'à l'accoutumée, qui va réellement voir le Goon se retrouver en fâcheuse posture, le voir même brisé. Un album douloureux pour qui suit le Goon et tout le folklore de cette série avec passion depuis le début. Douloureux et beau. Bien sûr, le scénario en lui-même n'est pas des plus compliqué, mais sait restituer tout en pudeur, sans larmoiement inutile, toute cette souffrance contenue et ancrée dans la ville du Goon.Â
Pour les dessins, j'avoue que je suis souvent bluffé par le style d'Eric Powell, mais là c'est réellement l'apothéose. Exit l'encrage classique et les couleurs par ordinateur (pourtant déjà très bien faits), Powell opte pour ce récit particulier pour des planches peintes à base de lavis, dans des tons tantôt de gris pour les retours dans le passé, tantôt de couleurs pastels pour le présent. Ajoutez à cela le style très précis et puissant de Powell, sa capacité à dessiner des visages singuliers et très expressifs, de même que ses décors, entre réalisme et cartoon, son storytelling varié et maîtrisé... Du grand art.
En bref, un album qui tranche avec ce qui a été fait auparavant sur The Goon, tout en n'oubliant pas de rester excellent. Pour rappel, ce récit à eu les Eisner Awards du meilleur scénario et du meilleur dessinateur. Des récompenses loin d'être volées.











