Au G.C.P.D, non seulement les policiers doivent affronter la violence ordinaire, mais de plus ils sont confrontés aux criminels les plus fous et les plus sadiques qui soient, et aussi à leur Nemesis, un vigilant qui joue par ses propres règles... Pas facile d'être un flic à Gotham City !
Ed Brubaker, Greg Rucka, Michael Lark : une affiche de rêve !
Ce volume commence avec un double-épisode d'introduction écrit à deux mains : In The Line Of Duty (#1-2). En quelques pages, Brubaker et Rucka donnent le ton. Les deux auteurs proposent une sorte de Hill Streets Blues à la sauce DC (ou NYPD Blues, pour les plus jeunes qui ne connaissent pas cette série TV séminale des années 80). On donne au lecteur le point de vue des enquêteurs d'un commissariat, mais ce dans l'univers super-héroïque de Gotham. Après ce préambule, les deux auteurs se partagent la tâche : l'équipe de nuit pour Brubaker, et celle de jour pour Rucka.
Avec Motive (#3-5), Brubaker propose un arc centré sur le détective Driver qui a quelques contentieux à régler avec Batman. Si l'enquête n'est de loin pas transcendante, l'écriture des personnages est savamment exécutée par le scénariste. Le sentiment d'impuissance et d'injuste de Driver est très bien amené, et ces 3 épisodes (même s'ils ne sont certainement pas ce que Brubaker a pu produire de mieux) passent comme une lettre à la Poste.
Rucka poursuit avec Half A Life (#6-10). Cet arc, notamment par le superbe traitement du personnage de Montoya, fait mouche. Là encore, ce n'est vraiment pas l'investigation en elle-même qui est intéressante, mais bel et bien le dilemme auquel la policière est confrontée dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle. Tiraillée entre des rapports familiaux conflictuels et la peur du jugement de ces collègues, la femme-flic lutte contre une vérité qu'elle voudrait cacher. Par des dialogues qui reflètent la psychologie des divers intervenants, et par le rythme du récit qui ne cesse d'augmenter jusqu'au climax final, l'auteur nous offre sans doute la meilleure histoire du recueil.
Un Michel Lark en état de grâce met en image ce Gotham Central. Son style réaliste est exactement ce qui convient à la série. Par des expressions faciales et un langage corporel très travaillés, les personnages prennent vie et appuient les scénarios de Brubaker & Rucka. Non seulement c'est beau, mais c'est surtout très bien raconté. Des cadres utilisés aux choix des points de vue, le storytelling de l'illustrateur est fluide, rythmé et lisible tout en restant ''classique'' (dans le bon sens du terme). Et en se permettant sporadiquement quelques excentricités (les gouttières tremblotantes des scènes avec Two-Faces lorsqu'il ''switch'' p. ex,), l'artiste amène une valeur ajoutée qui finit de faire la différence. Un travail de qualité !
Série policière urbaine teintée d'une légère touche de super-héroïsme, Gotham Central se révèle être un titre passionnant. Un must-have !