Joe Kubert a eu de la chance. Quelques années avant la Seconde Guerre Mondiale, ses parents, juifs polonais, ont immigré avec lui aux Etats-Unis. Yossel nous raconte le récit du jeune du même nom, plongé dans l'enfer du ghetto de Varsovie. Et Yossel, c'est un peu Joe Kubert quand il était petit, passionné de dessins au point de s'évader avec eux quand rien n'allait en réalité.
Kubert dépeint un portrait réaliste de la vie dans le ghetto de Varsovie, une vie où il faut lutter pour survivre, se battre pour ne pas mourir. Il nous plonge la tête la première dans la misère, la souffrance, la douleur, les sacrifices. Et, par le biais d'un rescapé d'un camp d'extermination, nous parle également des camps, de la solution finale. Un récit très dur, réaliste, qui n'oublie aucun détail pour nous rapprocher de l'horreur. Malgré une lourdeur narrative - le récit est trop détaillé, les mots trop appuyés - Kubert arrive à nous immerger dans le récit qui, sans être foncièrement original (on peut même remarquer quelques similitudes, voire des emprunts au chef d'œuvre Maus d'Art Spiegelman), se lit très bien et on en ressort quand même un tantinet chamboulé. Qui ne pourrait pas l'être devant tant de folie ?
Mais la véritable force de l'album tient en ses dessins. Les planches sont constituées uniquement de griffonnages, de crayonnés. Rien n'a été encré. De plus, il n'y a aucune narration dans tout cela, puisque chaque dessin est indépendant des autres. Mais ce quasi-récit en prose est néanmoins très efficace : les crayonnés de Kubert, très précis mais pourtant donnant une impression de "pris sur le vif", sont d'un réalisme saisissant tant pour les visages que pour les décors, les véhicules. Une véritable claque où Kubert nous prouve que, malgré son âge avancé, il n'a rien perdu de sa superbe.
En bref, un récit dense et prenant malgré une lourdeur narrative, servie par de magnifiques dessins réalistes au crayon. Un très bon boulot que nous offre là Joe Kubert.











