Au commencement il y avait les Seven Guns, des méta-humains combattant dans la rue pour la sécurité du peuple américain. Ensuite, l'un des co-fondateurs, John Horus, commença à travailler directement avec le gouvernement pour un meilleur futur. Finalement, Horus décida que personne n'était au dessus de sa loi, même pas le Président, menant ainsi le pays entier dans le chaos le plus total et faisant de ses ex-coéquipiers des cibles pour des militaires déterminés à les effacer de la surface de la planète…
Black Summer, c'est un peu la rencontre improbable entre Spider Jerusalem, l'équipe de The Authority et Herschell Gordon Lewis. Dans cette minisérie en 8 épisodes qui mélange donc allégrement pamphlet revendicateur, super-héroïsme moderne et gore outrancier, tout le monde en prend pour son grade. Le gouvernement américain et sa politique extérieure, les super-héros et le monde des comics (avec des références subtiles à Civil War notamment), les idéalistes et autres utopistes, tous à un moment ou à un autre sont tournés en bourrique par Warren Ellis. Ce dernier, très malin, prend plaisir à brouiller les pistes et à désarçonner le lecteur. En érigeant au premier abord en héros un justicier au raisonnement binaire (le chevalier blanc John Horus pour qui tout ce qui n'est pas ''bien'' est ''mal''), l'auteur encense une vision manichéenne et simpliste du système dans lequel nous vivons (celle d'Horus qui, au début, n'est pas du tout montré comme naïf), pour ensuite prendre le lecteur candide à rebrousse-poil et lui montrer qu'il s'est bien fait berner. En avançant dans le récit, et surtout via un excellent traitement des personnages (les Seven Guns en tête), le scénariste va gratter le vernis et déconstruire toute la première partie de son histoire. Finalement dans Black Summer, nul n'est réellement vainqueur ou perdant, et à la fin on ressent la même désillusion à laquelle Ellis a du être en proie pour écrire une œuvre aussi cynique et désenchantée.
Aux crayons, Juan Jose Ryp est un dangereux psychopathe ! Comment en pourrait-il être autrement à la vue de ses planches remplis de détails morbides jusqu'à la lie ? Le dessinateur de Frank Miller's Robocop utilise son trait précis, net et appuyé pour débiter tripailles, éclaboussures sanguinolentes et corps décharnés. On aura en effet rarement vu tant de méticulosité perverse au service du gore dans une BD et on ne peut que rester estomaqué devant certaines pleines pages outrancières et à la limite de l'excès. Ceci dit, cette violence visuelle a tout à fait sa place dans cette œuvre. Car contrairement à d'autres histoires dans lesquelles elle est présente gratuitement dans le seul but d'appâter un lectorat soi-disant adulte (cf. le premier TPB du Green Lantern de Geoff Johns p. ex.), ici elle est en adéquation totale avec le propos jusqu'au-boutiste du scénariste Warren Ellis. Avec Black Summer, on ne fait pas que de vous montrer la merde, on vous plonge la tête dedans ! Pour ce qui est du storytelling (et pour revenir à quelque chose de plus léger), l'espagnol se débrouille plutôt bien. Variant niveaux de zoom et angles de vue, l'artiste insuffle un bon rythme au récit. Un bémol tout de même, lors de certaines scènes, Ryp utilise parfois des champs/contrechamps biaiseux qui nuisent quelque peu à la compréhension spatiale de l'action. Mais rien de très dramatique en soi.
Intelligent, polémique et gore, ce Black Summer est un uppercut de la part d'un Ellis désabusé qui règle ses comptes avec la terre entière, et bien que l'auteur ait déjà produit beaucoup mieux (Transmetropolitan), les fans sauront tout de même apprécier.











