Voilà de cela quarante années, un groupe de super-humains émergea à San Francisco. Guidés par Carrick Masterson, l’inventeur du FX7 (une drogue unique en son genre capable d’éveiller d’énormes pouvoirs chez ceux qui en prennent), les Front Line ont su évoluer avec leur temps et se faire une place de choix sur l’échiquier politique mondial. Mais l’équipe n’est pas la seule chose qui a changé en quarante ans, et l’avenir ne promet pas d’être rose quand la chance leur tourne finalement le dos alors que les membres de l’équipe sont un à un éliminés par une étrange menace…
Après un Black Summer remarqué et (en de nombreux points) remarquable, la paire Ellis & Ryp revient avec une nouvelle histoire de super-héros modernes chez Avatar Press.
Alors que dans l’œuvre su-citée, en nous narrant les aventures d’un héro devenu intolérant au point de ne plus faire aucune concession, Warren Ellis poussait la réflexion sur les super-humains encore plus loin qu’il ne l’avait déjà fait dans Stormwatch et The Authority, ici avec No Hero il propose un autre point de vue. Continuant son défrichage du mythe du super-héros, l’auteur britannique se fend une nouvelle fois d’une réflexion postmoderne et intelligente sur le genre. Si au départ le lecteur s’identifiera naturellement à Josh Carter, nouvelle recrue de Front Line dont les membres sont tour à tour assassinés, plus la trame avance plus Ellis nous malmène et nous tiraille jusqu’au point de ne plus savoir sur quel pied danser. Dans No Hero, il n’y a pas d’autre méta-humain que ceux menés par Carrick Masterson et en plus ce dernier, souhaitant rester totalement autonome, refuse catégoriquement de travailler avec les gouvernements en place (bien plus pour éviter de devoir dévoiler les secrets de son organisation que par souci d’indépendance). Ces deux choix scénaristiques, qui auraient pu être au premier abord que de simples détails, se révèlent extrêmement importants dans le récit. Car comme souvent avec l’auteur de Transmetropolitan, c’est après un temps d’exposition, et lorsqu’il décide au moment opportun de nous donner un nouvel angle de vue sur une situation donnée en sortant du cadre fixé au début de l’histoire qu’Ellis peut en définitive faire éclater la vérité, ou en tout cas sa vérité. Difficile d’en dire plus sans spoiler, mais ce qui est certain c’est que la fin du scénario recèle bien des surprises, et que sur le fond Warren Ellis excelle toujours dans sa critique de ceux qui possèdent l’argent et le pouvoir. Puissants dont la droiture laisse à désirer, interventionnisme, dommage collatéraux, ingérence, tout y passe à la moulinette tandis que lors du dénouement le retour de bâton est très dur pour ceux qui ont su se jouer des autres. Au final les rênes changent de main, et certainement pas pour le meilleur si l’on en croit les deux dernières planches… Toujours aussi cynique le Warren !
Au dessin, Juan Jose Ryp se fend une nouvelle fois de scènes toutes plus gore les une que les autres. Usant de son trait net et précis comme d’une lame bien aiguisée, l’artiste tranche dans le lard et prend un malin plaisir à nous dépeindre des tableaux apocalyptiques et remplis jusqu’à la lie de sang et de corps décharnés. Si, et comme dans Black Summer, le storytelling du bonhomme peut par moment pêcher par la volonté de trop vouloir en faire (et ce au détriment d’une certaine ‘‘logique’’ spatiale), il faut tout de même reconnaître à Ryp un talent indéniable et une imagination sans borne lorsqu’il s’agit de nous pondre des splash-pages tout droit sorties de l’Enfer de Dante. Preuves en sont les scènes de trip de Josh en totale hallucination après sa prise de FX7. Au final, les planches de l’artiste se révèlent être des monuments se dressant en porte-flambeau du détail craspec qui fera vomir d’horreur les gens de ''bon goût''… Définitivement à déconseiller aux âmes sensibles que la tripaille étalée au grand jour rebute !
En conclusion, si ce No Hero et peut-être un poil moins réussi que son prédécesseur Black Summer, il reste néanmoins un très bon comics tout à fait digne de ses créateurs. A conseiller évidemment à tous les fans d’Ellis, mais également à tous ceux qui souhaitent trouver une alternative à la vision très codifiée que les grosses majors (Marvel et DC en tête) imposent sur le genre super-héroïque.











