720 pages, trois parties, une heure de lecture pour chacune d'entre elles selon les recommandations de Dash Shaw. Je n'ai pas vu le temps passer mais je sais que j'ai dû me faire violence pour ne pas lire ce livre d'une traite. 720 pages qui s'enchaînent avec une facilité déconcertante, ce pavé (ce "mille feuilles" pourrait on dire) est tout sauf indigeste.
Shaw fait preuve d'une maîtrise instinctive du langage bd assez exceptionnelle. Car c'est bien un coup de génie que de remplacer les classiques onomatopées par des mots pour décrire des gestes anodins mais tellement essentiels pour l'ambiance. Ainsi on "voit" (ou plutôt on lit) par exemple une main plisser une nappe pour traduire la gêne et l'inconfort du personnage. Coup de génie car transférer ces descriptions au langage écrit permet de ne pas s'encombrer d'un dessin réaliste ultra détaillé et de conserver la fluidité et l'élasticité de ce trait cartoon qui fait passer bien des émotions. Beaucoup d'auteurs savent exploiter les non dits, Shaw innove en la matière en comblant ce qui pourrait être des silences par des détails réels mais difficilement représentables (la poussière qui apparaît dans un rayon de lumière). Comme lorsqu'on tourne son regard vers un objet pour échapper à la gêne d'une conversation ou d'une situation, ces représentations, presque absurdes tant elles occupent de surface sur la case, traduisent à merveille l'absence et le vide. Autre petite prouesse, cette succession de pages d'une seule case avec une utilisation très pertinente de la taille de la case et du "blanc" qui l'entoure. L'effet n'est pas tape à l'oeil mais bien perceptible et sert le propos (la scène est dramatique, le procédé contribue à accentuer la tension et le sentiment d'impuissance du personnage). Oui, Dash Shaw sait bel et bien faire de la BD.
Et, loin de toute considération technique, Bottomless Belly Button est une lecture de qualité. Le portrait de famille est réussi et original avec une large part consacrée à l'adolescence (Peter et Jill, chacun à un stade bien distinct de cette période) sans oublier le poids de la maternité (et de la paternité).
Les Loony ne sont en définitive pas pires que la moyenne, c'est une famille avec ses dysfonctionnements, ses interactions et ses secrets. Shaw évite le piège du cynisme facile et de la cruauté injustifiée, il donne une légitimité à chacun de ses personnages, n'impose pas un message ou une morale, il offre une tranche de vie sur 720 pages avec une humilité et une élégance rares. C'est un bonheur à lire et c'est à mettre entre toutes les mains (sauf celles des enfants bien sûr, comme précisé sur la couverture).
Shaw fait preuve d'une maîtrise instinctive du langage bd assez exceptionnelle. Car c'est bien un coup de génie que de remplacer les classiques onomatopées par des mots pour décrire des gestes anodins mais tellement essentiels pour l'ambiance. Ainsi on "voit" (ou plutôt on lit) par exemple une main plisser une nappe pour traduire la gêne et l'inconfort du personnage. Coup de génie car transférer ces descriptions au langage écrit permet de ne pas s'encombrer d'un dessin réaliste ultra détaillé et de conserver la fluidité et l'élasticité de ce trait cartoon qui fait passer bien des émotions. Beaucoup d'auteurs savent exploiter les non dits, Shaw innove en la matière en comblant ce qui pourrait être des silences par des détails réels mais difficilement représentables (la poussière qui apparaît dans un rayon de lumière). Comme lorsqu'on tourne son regard vers un objet pour échapper à la gêne d'une conversation ou d'une situation, ces représentations, presque absurdes tant elles occupent de surface sur la case, traduisent à merveille l'absence et le vide. Autre petite prouesse, cette succession de pages d'une seule case avec une utilisation très pertinente de la taille de la case et du "blanc" qui l'entoure. L'effet n'est pas tape à l'oeil mais bien perceptible et sert le propos (la scène est dramatique, le procédé contribue à accentuer la tension et le sentiment d'impuissance du personnage). Oui, Dash Shaw sait bel et bien faire de la BD.
Et, loin de toute considération technique, Bottomless Belly Button est une lecture de qualité. Le portrait de famille est réussi et original avec une large part consacrée à l'adolescence (Peter et Jill, chacun à un stade bien distinct de cette période) sans oublier le poids de la maternité (et de la paternité).
Les Loony ne sont en définitive pas pires que la moyenne, c'est une famille avec ses dysfonctionnements, ses interactions et ses secrets. Shaw évite le piège du cynisme facile et de la cruauté injustifiée, il donne une légitimité à chacun de ses personnages, n'impose pas un message ou une morale, il offre une tranche de vie sur 720 pages avec une humilité et une élégance rares. C'est un bonheur à lire et c'est à mettre entre toutes les mains (sauf celles des enfants bien sûr, comme précisé sur la couverture).
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