Cage fait partie du lot de séries MAX sorties au début de cette gamme "pour adultes" de la Marvel. Le personnage de Luke Cage avait été relaunché par Bendis dans ses séries Daredevil et Alias, et il en avait fait - bien loin de Power Man et de la blackxploitation - un individu très proche et lié aux quartiers blacks, quasi-mutique, toujours prêt à défendre des gens s'il y a une récompense à la clé, mais pas opportuniste pour autant. Bref un bon type invincible et bien cool, si vous voyez ce que je veux dire. Du genre à démonter des dealers en écoutant du rap sur ses écouteurs, lunettes de soleil devant les yeux.
Peu après le relaunch de Cage, Azzarello fut choisi pour réaliser la mini-série éponyme, avec une aide de choix pour les illustrations : Richard Corben. Et heureusement.
En effet, Azzarello nous propose un scénario plutôt simple (deux grands bandits rivaux se disputent un quartier, les petits dealers de ce quartier trinquent et Luke Cage va tenter de rétablir l'ordre) mais à la narration qui rend le tout plus lourd, plus compliqué. On a l'impression de voir étiré sur 5 épisodes un scénario qui n'en nécessiterait que 2. Et le fait de tout étirer rend aussi le récit moins tendu, moins prenant : on ne se sent pas du tout concerné par ce qu'il se passe. Bon, l'ensemble se lit plutôt bien et certaines scènes sont bien pensées, mais on finit le livre avec la désagréable impression d'être resté totalement en dehors, d'être resté hermétique sans le vouloir à l'histoire. Et le personnage de Cage demeure au final plus agaçant que cool.
Heureusement, le vétéran Richard Corben est là pour sauver l'honneur du récit, il prouve encore une fois qu'il fait partie des grands noms de la bande dessinée : narration fluide et aérienne étonnement inspirée, gestion des noirs et blancs parfaitement maîtrisée, trait gras et minutieux, personnages réalistes et grotesques à la fois, il faut apprécier mais ce qui est sûr, c'est que l'artiste possède réellement un style unique, un style qu'on se doit de découvrir au moins une fois. Et les magnifiques planches étant mises en couleur par Jose Villarubia, c'est peut-être le moment de le faire.
En bref, un scénario long et plombant pour un dessin unique en son genre et incroyablement maîtrisé, il en résulte un album complétement inégal, à prendre si on est fan du personnage de Luke Cage (qui est tout de même amplement mieux caractérisé par Brian M. Bendis) ou du trait si atypique de Richard Corben.










